Bien qu'initialement associée aux cryptomonnaies, la technologie blockchain a déjà prouvé son potentiel pour transformer de multiples domaines de l'économie — et le secteur public n'est pas une exception. Qui pense que l'impact se limite au monde des paiements se trompe.

De plus en plus de gouvernements explorent l'utilisation de la blockchain pour accroître la transparence, améliorer l'efficacité et décentraliser des services clés. Des registres publics à l'identité numérique, en passant par les achats d'État et les programmes sociaux, la technologie commence à s'intégrer dans les politiques publiques dans différentes parties du monde — y compris des pays d'Amérique latine.

Dans cet article, nous vous expliquons quels usages réels sont déjà en cours, ce qui est encore expérimental et quels sont les défis pour l'avenir.

Transparence et confiance comme piliers centraux

Un des grands défis du secteur public dans notre région est le manque de transparence et l'excès de bureaucratie. Ces deux facteurs alimentent la corruption et entravent l'efficacité de la gestion étatique.

La blockchain, en se basant sur des enregistrements immuables et audités, offre une solution innovante : des processus comme les appels d'offres publics, les registres de propriété ou les transferts de fonds pourraient être documentés automatiquement sur un réseau public, accessible à tout citoyen.

Cela permettrait d'avoir une traçabilité complète — sans dépendre d'intermédiaires ni faire aveuglément confiance à une entité centrale —, améliorant le contrôle social et le travail des organes d'audit.

Des études comme celles réalisées par la Fundação Getulio Vargas (Brésil) montrent que l'utilisation de la blockchain dans les services publics peut réduire les coûts, automatiser les processus via des contrats intelligents et limiter la manipulation humaine des systèmes.

Initiatives en Amérique latine : du discours à l'action

Certains pays de la région avancent déjà. Au Brésil, par exemple, le gouvernement fédéral a développé un réseau blockchain national pour connecter les systèmes publics de manière sécurisée et auditable. Son application est également à l'étude pour l'identité numérique, les registres notariaux et les certificats académiques.

En Colombie, l'Agence Nationale des Terres a mis en œuvre des pilotes pour enregistrer des titres de propriété rurale avec la technologie blockchain, dans le but de lutter contre les fraudes historiques en matière de propriété foncière.

L'Argentine a promu l'utilisation de la blockchain dans l'enregistrement des achats publics, et le Mexique analyse son application dans le système judiciaire et dans les démarches de santé et d'éducation.

Bien que dans de nombreux cas il s'agisse encore de pilotes, ces exemples montrent que l'adoption gouvernementale est déjà en cours, avec un potentiel énorme pour améliorer la prestation des services publics.

Vie privée des données et défis réglementaires

Un des principaux défis dans la région est de concilier l'utilisation de la blockchain avec les lois de protection des données. Des technologies comme Ethereum ou Polygon enregistrent des données de manière publique et irréversible, ce qui peut entrer en conflit avec des normes exigeant l'anonymisation, la rectification ou la suppression de données personnelles.

Une solution possible est d'utiliser des blockchains privées ou hybrides, où seules certaines entités autorisées peuvent accéder à des informations sensibles. Une autre option consiste à stocker les données hors chaîne (off-chain) et à ne conserver que des identifiants cryptographiques sur la blockchain, permettant ainsi un meilleur contrôle.

De plus, dans de nombreux pays, il manque encore des cadres juridiques spécifiques pour ce type d'innovation, ce qui génère de l'incertitude tant pour les développeurs que pour les gestionnaires publics.

Exemples internationaux qui inspirent

  • Zug (Suisse) : la "Crypto Valley" européenne a mis en œuvre une identité numérique basée sur la blockchain qui permet aux citoyens de voter, d'accéder à des services et de valider des documents officiels.

  • Dubaï (Émirats Arabes Unis) : cherche à devenir une "ville blockchain", avec des services publics tels que le cadastre, l'identité, la santé et des processus administratifs numérisés sur blockchain.

  • ONU (Programme Mondial de l'Alimentation) : distribue des coupons numériques aux réfugiés utilisant la blockchain, garantissant traçabilité et prévention des fraudes avec identification biométrique.

Secteurs publics avec un potentiel d'adoption élevé

  1. Santé publique : registre décentralisé des vaccins, distribution de médicaments, intégration des dossiers médicaux.

  2. Éducation : validation des diplômes, lutte contre la falsification des diplômes, mobilité académique régionale.

  3. Énergie : tokenisation des crédits de carbone, mesure intelligente, incitations pour les énergies renouvelables.

  4. Impôts et fiscalité : audits automatiques, interopérabilité des données fiscales, lutte contre l'évasion.

  5. Achats publics : traçabilité des appels d'offres, automatisation des paiements via des contrats intelligents.

Le défi de l'interopérabilité et de la gouvernance

Pour que la blockchain transforme le secteur public, il sera nécessaire :

  • Assurer l'interopérabilité entre les systèmes municipaux, régionaux et nationaux

  • Établir des normes techniques communes

  • Développer des systèmes fiables d'identité numérique

  • Former les fonctionnaires et gestionnaires publics à l'utilisation responsable de ces outils

Il sera également essentiel d'équilibrer la transparence et la vie privée, un point sensible surtout lorsqu'il s'agit de données personnelles et de droits des citoyens.

Blockchain comme outil réel d'innovation publique

Parler de blockchain dans le secteur public n'est plus seulement une promesse : c'est une réalité en construction. Bien utilisée, cette technologie peut rendre les services d'État plus efficaces, moins bureaucratiques et plus fiables.

À la différence de choisir un portefeuille ou un bourse dans le monde crypto, lorsque qu’un gouvernement met en œuvre la blockchain, les citoyens n'ont pas le choix : c'est pourquoi il est essentiel que ces systèmes soient bien conçus et exécutés.

Avec une volonté politique, une formation technique et des cadres réglementaires appropriés, l'Amérique latine a les conditions nécessaires pour mener cette transformation, en adaptant la technologie à nos réalités sociales, culturelles et économiques.

Avez-vous déjà constaté une amélioration des services publics grâce à ce type d'innovation ?

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