Missiles et puces : un réseau stratégique fragile

Les récents propos du vice-président américain J.D. Vance mettent en lumière une réalité clé : la crainte des États-Unis concernant Taïwan porte moins sur le territoire que sur la technologie — en particulier TSMC, le plus avancé fabricant de semi-conducteurs au monde. Si Taïwan était perdu, le choc serait ressenti par l'industrie américaine, les systèmes militaires et l'économie mondiale.

Le rôle de Taïwan dans la stratégie américaine repose sur deux leviers interconnectés. Militairement, le déploiement de missiles et les ventes d'armes transforment l'île en poste avancé, liant sa sécurité aux objectifs de défense américains. Économiquement, TSMC est au cœur des chaînes d'approvisionnement mondiales pour l'IA, les smartphones, les véhicules et les armes, rendant ainsi la suprématie technologique américaine dépendante de la production taïwanaise.

Le problème est structurel. La fabrication de puces aux États-Unis est passée de 37 % à environ 12 % de la capacité mondiale, tandis que Taïwan contrôle une grande partie de la production la plus avancée. Les efforts pour relocaliser la fabrication rencontrent des pénuries de main-d'œuvre, des coûts élevés et des délais longs.

Cette stratégie révèle une faiblesse plutôt qu'une force. En s'appuyant excessivement sur Taïwan pour compenser le déclin industriel, les États-Unis risquent une perturbation majeure si la stabilité venait à s'effondrer. Les missiles et les puces peuvent sembler puissants — mais le filet est fragile.