En ce début d’annér 2026, l’or et l’argent continuent d’atteindre de nouveaux sommets dans un rallye sans précédent. En parallèle, le dollar perd toujours plus de sa force sur les marchés alors que beaucoup remettent en question son statut historique de valeur refuge face aux tensions géopolitiques. Enfin, Bitcoin évolue entre 90 000 $ et 95 000 $, en mouvement latéral depuis la fin de l’année 2025. Comment peut-on interpréter cette évolution historique des métaux précieux ? La crypto a-t-elle également sa place dans ce rallye massif ? Nicolas Cracco, Directeur général de Gold Avenue, a répondu aux questions de BeInCrypto.

  1. L’argent vient d’atteindre un nouveau sommet et a brièvement dépassé NVIDIA en tant que deuxième plus important actif au monde. En parallèle, en 2025, la performance de l’argent a dépassé celle de l’or. Croyez-vous que le prix d’achat de l’or, toujours plus élevé, pousse les investisseurs à se tourner vers cet autre métal précieux ?

Il y a sans doute une part d’effet relatif, mais ce n’est pas à mon sens le moteur principal. Ce qui attire aujourd’hui l’attention sur l’argent, c’est d’abord sa hausse spectaculaire, +147% en 2025 (!), qui a mis en lumière un métal longtemps sous-évalué et souvent resté sous les radars des investisseurs.

Les moteurs de cette hausse sont profonds et structurels. Le marché de l’argent souffre d’un déficit persistant entre l’offre et la demande, avec une production minière qui ne parvient pas à suivre la croissance de la consommation. Certains analystes évoquent même un risque de déficit dès 2026, et sur le terrain, cela se traduit déjà par un marché très tendu : nous observons des difficultés d’approvisionnement, avec de nombreux produits en argent aujourd’hui en rupture de stock.

À cela s’ajoute une demande industrielle en forte croissance, portée par le photovoltaïque, les véhicules électriques, l’électronique et les centres de données. Les récentes décisions géopolitiques jouent également un rôle clé : l’entrée en vigueur, début janvier 2026, d’un nouveau régime d’exportation en Chine, ainsi que l’inscription de l’argent sur la liste des minéraux critiques aux États-Unis, ont renforcé son importance stratégique et soutenu durablement son cours.

Un dernier point qui reste important à mentionner pour les investisseurs intéressés par l’argent: contrairement à l’or d’investissement, l’argent est soumis à la TVA (20 % en France). Pour optimiser son investissement et éviter cet impact fiscal important, veillez bien à opter pour une solution proposant de l’argent sans TVA via un stockage sécurisé. C’est un point clé que beaucoup de nouveaux investisseurs découvrent trop tard.

  1. Face à l’incertitude et l’instabilité mondiale, les gens se tournent toujours, aujourd’hui, vers les métaux précieux comme actif refuge. Les tensions actuelles alimenteront-elles ces tendances ?

Oui, les métaux précieux conservent bien entendu leur qualité de valeur refuge, mais ce que nous observons aujourd’hui va au-delà d’un simple réflexe de protection ponctuel. Les tensions géopolitiques, l’endettement public élevé et les incertitudes monétaires poussent les investisseurs à repenser la structure de leur patrimoine.

L’or et l’argent ne sont plus achetés uniquement en réaction à une crise, mais comme des actifs de long terme, destinés à stabiliser un portefeuille dans un environnement devenu structurellement plus incertain. Cette tendance est renforcée par les achats des banques centrales qui sont au plus haut depuis 2023 et dont les prévisions pour 2026 semblent déjà à la hausse, et par l’arrivée de nombreux nouveaux investisseurs particuliers: en 2025, on a vu un doublement des nouveaux investisseurs, une tendance qui ne semble pas prête de s’arrêter si l’on en croit nos chiffres de 2026.

  1. Face à un cours de l’or qui bat des records constants, quels conseils donneriez-vous aux investisseurs qui considèrent cet actif pour la première fois ?

L’erreur la plus courante chez les investisseurs est de vouloir timer le marché. Or, ce que l’on observe de plus en plus avec les hausses récentes, c’est une meilleure compréhension de cette réalité : l’enjeu n’est pas d’entrer au meilleur prix, mais d’être exposé au marché. Attendre le “bon moment” revient souvent à rester à l’écart pendant que la tendance se poursuit.

Un exemple très concret : dès le mois d’août 2025, l’or affichait déjà une hausse de près de 40 % par rapport à 2024. Beaucoup ont alors estimé qu’il était “trop tard pour investir”. Pourtant, entre août 2025 et aujourd’hui, l’or a encore progressé de 35 % supplémentaires. Ceux qui ont attendu une correction ont donc manqué une part significative de la hausse.

Le deuxième conseil est de bien comprendre pourquoi on achète de l’or. L’objectif n’est pas de rechercher une performance maximale, mais de rééquilibrer son portefeuille et d’en réduire la fragilité. Si vous êtes déjà exposé à des actifs volatils comme les actions ou les cryptomonnaies, l’or joue un rôle de contrepoids, en apportant de la stabilité lorsque les marchés deviennent plus agités.

Enfin, un conseil plus pratique: prenez bien en compte tous les frais. Il vaut parfois mieux payer une marge légèrement plus importante à l’achat pour pouvoir ensuite profiter d’un stockage et d’une revente gratuite. Trop d’investisseurs oublient ce détail propre aux actifs physiques et voient une partie de leurs profits s’envoler en frais inutiles.

  1. On parle souvent de Bitcoin comme de l’or numérique. Croyez-vous qu’il s’agisse d’une menace pour l’or réel, ou que les deux actifs puissent finalement cohabiter et offrir deux approches distinctes aux investisseurs ?

Bitcoin est souvent présenté comme de “l’or numérique”, et la comparaison a du sens : les deux reposent sur une offre limitée et constituent des alternatives aux monnaies fiduciaires. Sur le fond, ils répondent tous les deux à une recherche de protection face à la dépréciation des monnaies. Mais leur profil de risque est très différent. L’or est un actif tangible, éprouvé, avec une volatilité contenue, tandis que Bitcoin est plus jeune, plus volatil et très sensible aux cycles de liquidité.

Je ne vois donc pas Bitcoin comme une menace pour l’or. D’ailleurs, beaucoup d’investisseurs en or détiennent aussi des cryptomonnaies.

C’est un avis que partage Kurt Hemecker, le CEO de Gold Token SA, une société du groupe MKS PAMP, à qui j’ai demandé son analyse, car il travaille précisément à l’intersection de ces deux univers. Pour lui “Bitcoin et l’or ne sont pas en concurrence directe. Ils répondent à des logiques et à des profils de risque différents. L’or reste une valeur refuge éprouvée, tandis que Bitcoin est un actif plus jeune, davantage exposé à la volatilité. Les deux peuvent coexister dans des portefeuilles bien diversifiés.”

  1. La tokénisation de l’or a également gagné en popularité au cours de l’année passée, avec une forte institutionnalisation des actifs tokénisés du monde réel (RWA). S’agit-il pour vous d’une nouvelle version durable de détenir de l’or ?

La tokénisation est une évolution logique des marchés, mais elle doit être abordée avec rigueur. Le point clé reste toujours le même : l’adossement réel à de l’or physique, la transparence et la qualité de l’infrastructure.

Là encore, Kurt Hemecker apporte un éclairage très pertinent sur la manière dont la tokénisation peut combiner les fondamentaux de l’or avec des infrastructures financières modernes, tout en répondant aux exigences institutionnelles. “Le regain d’intérêt pour l’or tokénisé s’inscrit dans un contexte macroéconomique marqué par une recherche accrue de sécurité, de liquidité et de transparence. La tokénisation permet de combiner les caractéristiques fondamentales de l’or: rareté, valeur refuge, ancrage physique, avec des infrastructures financières plus modernes et plus efficaces. Pour nous, il s’agit d’une évolution durable des marchés de l’or, et non d’un phénomène conjoncturel. C’est dans cette logique que nous avons investi dans cette transformation à travers DGLD, un jeton entièrement adossé à de l’or physique, visant à offrir aux investisseurs une forme de détention robuste, crédible et adaptée aux standards institutionnels”, dit-il.

À propos de Nicolas Cracco

Nicolas Cracco est diplômé de HEC Lausanne et expert-comptable certifié (ACCA). Avant de devenir CEO, il a occupé divers postes de direction au sein de GOLD AVENUE, notamment Head of Finance, CFO et COO. Avant de rejoindre le MKS PAMP GROUP, il a exercé plusieurs années dans l’audit externe chez PwC et en FP&A chez Expedia.